Témoignage d’un maçon venu de Turquie en 1974 - Le travail

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Le travail

Maçon c’est un travail qui est dur et qui était encore plus dur avant, il n’y avait pas autant de machines sur les chantiers… Très dur. Tout était en construction en France. Après d’un seul coup cela s’est bien amélioré. Avant, la ville d’où je venais, c’était plus beau qu’en France. Comme on a bien travaillé, on a beaucoup rattrapé le retard.

Vous ne vouliez pas que vos fils fassent un travail de maçon ?

Non. C’est un métier très dur. Je voulais que mes enfants travaillent dans un métier où ils sont tranquilles. Les enfants des autres maçons faisaient maçons aussi, moi, j’ai réfléchi, j’ai dit : mes enfants, il faut qu’ils étudient.

C’est quoi qui est dur ?

On travaille sous la pluie. Tout le temps, on porte des choses lourdes, plus de 25 kg. Pas que pour mes enfants, mais je voudrais que tout le monde travaille dans des métiers plus faciles pour le corps. Que tout le monde mange, dorme, vive bien.

Mais il faut bien des maçons pour construire…

Bien sûr. Bien sûr. Mais si tout le monde est maçon, il n’y aura plus de professeurs ! (Nous rions ensemble). Tous mes enfants ont fait des études différentes : un psychologue, un juriste, un qui a fait médecine…

Quand vous étiez en Turquie, vous étiez fonctionnaire, on imagine un travail à l’abri dans un bureau, avec des collègues, des relations… après vous êtes dans un travail qui est moins prestigieux, moins reconnu…

Oui. Mais je m’étais endetté. C’était très difficile, mais j’ai accepté la situation. À l’époque le gouvernement turc n’était pas honnête : toujours voler, toujours voler, toujours voler.

Vous vous souvenez d’une journée en particulier sur le chantier…

Une fois, il fallait qu’on termine un chantier jusqu’à une heure, une heure et demie du matin. Et ma femme à l’époque, elle ne savait pas bien parler le français et elle est partie à la police avec un autre Turc, et la police me cherchait. Elle ne savait pas où je travaillais. Quand je suis rentré à la maison, j’ai vu ma femme qui pleurait !
À Vesoul, une fois, je suis arrivé à deux heures du matin sur le chantier. Je n’avais pas d’heure et ma femme m’avait réveillé, quand je suis arrivé il n’y avait personne c’était trop tôt.

Les chantiers où vous avez travaillé à Besançon c’était où ?

Le grand bâtiment de Fontaine Écu. Des logements HLM. Et un grand bâtiment aussi à côté du Lidl. Aussi Palente, surtout des bâtiments. À un moment, je me suis mis à mon compte, pour Conforama et puis pour faire des petites maisons. J’étais mon patron, je travaillais avec mon fils et mon gendre. Maintenant, le gendre travaille pour Locatelli, il a des responsabilités de chef, mais c’est moi qui lui ai appris le travail.

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