Accueillir des apprentis

Je suis créatrice de bijoux. Au début, j’ai commencé à faire des bijoux et c’est ce qui m’a sauvée. Puis j’ai voulu créer ma propre boutique de produits africains.

Il fallait voir ma motivation et mon enthousiasme ! Pourtant, je n’avais trouvé personne pour m’aider à monter mon projet ! On m’a même fortement découragée. Vous savez ce qui m’été répondu un jour ? « Ici, on est en Franche- Comté. Les Francs-comtois n’aiment que leurs produits régionaux ! ». Safia
Malgré tous les obstacles, j’ai tenu bon. Je m’accrochais avec la plus grande énergie à mon projet. Je répondais à tous ceux qui me décourageaient : « je vais essayer et si ça ne marche pas, j’aurai quand même essayé.  Mon projet a enfin vu le jour. Aujourd’hui avec le recul je me dis : pendant l’élaboration de mon projet, je croyais que tous ceux qui ne me disaient pas oui immédiatement voulaient me décourager. Aujourd’hui, avec le recul, après avoir réussi, je me dis, en fait les gens voulaient tester mes motivations.
Donc, j’ai ouvert ma boutique Rêves d’Afrique. Ma première boutique était située au fond d’une cour. Je partais en Afrique et rapportais des produits de grande qualité, pas des faux produits pour touristes. Mon choix se portait sur de véritables pièces de tissage, des perles, différents produits très recherchés. Petit à petit, je me suis fait  ma clientèle. J’ai commencé à créer mes propres bijoux et décidé de travailler avec des coopératives africaines et latino-américaines. Comme je n’avais pas d’argent pour payer le fret, je prenais ma voiture pour récupérer mes produits et aussitôt arrivée à Besançon, le plus souvent de nuit, je livrais mes clients. Le dimanche je renouvelais ma vitrine. Cela a duré plusieurs années. Mes affaires marchant bien j’ai pu déménager de mon arrière cour pour un magasin plus spacieux  dans une rue bien fréquentée.
J’ai pu démontrer que j’avais raison de m’accrocher à mon projet. Pendant toute cette période, j’ai formé beaucoup d’apprentis. J’accueillais beaucoup de jeunes défavorisés à qui on avait refusé un stage. J’ai décidé de donner leur chance à ces derniers parce que combien de fois quand j’appelais pour un poste, on me disait « oui venez ! »     
- « vous êtes sûre ! »
-« oui, oui »
Lorsque je me présentais pour l’entretien d’embauche on me disait : « désolée, je ne savais pas que mon mari avait déjà donné la place ».
Au bout d’un moment vous comprenez quelles sont les véritables motivations de ces refus. Vous comprenez que ce n’est pas seulement professionnel.
C’est la vie. Il ne faut pas être amer. Alors si  un jour vous occupez cette place d’employeur et qu’à vous-même on ne vous avait pas donné votre chance, aidez ceux qui sont défavorisés si ces derniers sont motivés.

 

Au bout d’une dizaine d’années, j’ai cédé ma boutique à mon fils. Aujourd’hui, je sais que je suis capable de mener à terme un projet.

Safia s’investit aussi beaucoup pour aider son village natal au Burkina (cf. « Pour mon village »)

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