Je crois que je me sens de plus en plus Bisontine - j’ai plus galéré que travaillé

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J’ai plus galéré que travaillé

Si je me suis laissée aller à ces souvenirs, ce n’est ni par amertume ni par rancœur, c’est simplement pour dire que la vie peut jouer de mauvais tours y compris à ceux qui se croyaient à l’abri de tout.  Ce n’est pas parce qu’à un moment de notre vie (immigré ou pas d’ailleurs) on se retrouve dans une situation délicate que certains peuvent se  permettre de mettre à bas la dignité des gens.  Plusieurs personnes d’origine étrangère m’ont confié « combien il est difficile pour un étranger de se faire une place. »  
C’est vrai, qu’il est difficile pour tous de faire une place dans la société, mais parfois c’est plus difficile pour ceux qui viennent de l’étranger. Je ne veux pas faire référence au racisme ou aux discriminations. Le système de référence est sans doute trop rigide.
A notre arrivée, nous n’avons eu aucun problème dans nos différentes démarches administratives,  mais en une quinzaine d’année, malgré mon expérience professionnelle, mes compétences,  j’ai plus galéré que travaillé. Les emplois que j’ai occupés l’ont été grâce à des mains tendues. Je ne compte plus les actes de candidature restés lettres mortes.  Les entretiens d’embauche ont été extrêmement rares et sans me connaitre on me glissait que la notion du temps dans mon pays n’était pas la même. Je me rappelle d’un entretien qui, pensais-je, se déroulait bien. Je me sentais alors de plus en plus en confiance  jusqu’à ce que mon interlocuteur me dise : « j’ai retenu deux candidatures dont la vôtre. Je sais que j’ai fait mon choix, mais j’étais très curieux de savoir comment vous étiez arrivée à votre dernier poste. »
J’ai alors tout de suite compris que la seule motivation de mon interlocuteur était  de vérifier que mon C.V. n’était pas celui d’une affabulatrice.
On m’a également dit que j’étais trop diplômée, que j’avais trop de capacités et qu’alors je m’ennuierai dans mon travail. J’ai commencé à perdre  pied, à perdre confiance en moi, j’ai réduit mon C.V. au minimum vital. Je voulais juste avoir un travail, même s’il n’était pas à la hauteur de ce à quoi je pouvais prétendre. Mes entretiens à l’ANPE dépassaient rarement les trois minutes et j’étais renvoyée chez moi avec un « vous savez il y a tellement de jeunes au chômage ». Lorsque j’ai eu la cinquantaine, un imprimé de l’ANPE a commencé à fréquenter assidûment ma boite aux lettres, c’était une demande de dispense de recherche d’emploi. C’est aussi une solution pour réduire les chiffres du chômage !! Je sais que mon parcours n’est pas unique et je me dis souvent quel gâchis !!
De toute mon histoire, je crois que le traumatisme qui ne s’effacera jamais, c’est lorsque j’ai été réduite à demander le RMI. Pour moi, j’avais touché le fond du fond. D’aucun pourrait dire, « mais il fallait retourner dan ton pays » Oui, mais si je l’avais fait, aujourd’hui, je serai plus là.   
Après des années de galère, une main s’est tendue et m’a permis d’occuper mon emploi actuel.
Aujourd’hui, les blessures se cicatrisent, la sérénité s’installe en moi (même si je sais que l’avenir reste très incertain pour moi parce que je ne pourrais pas prétendre à une retraite).  
Je commence à aimer Besançon. Au fonds de moi, je pense que je m’y suis attachée, attachée aussi aux gens que j’ai rencontrés. Les épreuves m’ont révélé une force  intérieure que je n’avais jamais soupçonnée.

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