Il n'est pas toujours facile de se situer entre les deux pays

« Champ de biches, chevreuil », (traduction de) Deerfield est la petite ville, en Illinois au nord de Chicago aux Etats-Unis, où Susan Severson a habité jusqu’à la fin de ses années de lycée, avant de s’embarquer, avec un programme de sa classe pour un tour du monde complétant le cycle secondaire.

En 3e d’année d’Université, suivant un programme de Knox Collège, Susan est venue au CLA, pour un an à Besançon où finalement, elle est restée, dans un premier temps, pendant 10 ans. Un passage de 6 mois à San Francisco avec ses deux enfants français, l’ont convaincue de revenir pour leur offrir un meilleur accueil et encadrement pour la petite enfance. Pendant qu’elle travaillait à San Francisco elle n’avait eu aucun problème pour trouver un emploi, mais le coût de la vie, et les difficultés de garde pour les enfants l’ont convaincue qu’il fallait trouver une autre solution, et c’est ainsi qu’elle est revenue en France, pays de naissance de ses enfants.
Susan n’a jamais eu de problèmes de papiers : la première fois Knox Collège s’en était chargé et à son retour en France elle a obtenu facilement un permis de séjour de 10 ans. Elle a le souvenir que pour son premier mariage il lui aurait fallu la nationalité française, mais pour avoir la nationalité française il lui fallait être mariée avec un français… cette situation l’a tout de même pas mal étonnée.

En fait, elle a fait une demande de naturalisation quand, après l’obtention à Besançon de son diplôme d’orthophoniste, elle a trouvé du travail à l’hôpital de Dole, qu’elle ne pouvait occuper, en tant que fonctionnaire, que si elle avait la nationalité française. Cette démarche a été très longue car il n’y a aucune mesure de faveur pour les ressortissants américains à ce sujet.

Lorsque ses enfants étaient petits Susan était convaincue qu’ils avaient automatiquement la double nationalité. En réalité, comme elle-même avait quitté les Etats-Unis à l’âge de 19 ans, au moment où, au Consulat américain de Strasbourg, elle est allée vérifier si ses deux enfants bénéficiaient de la double nationalité, elle s’est rendu compte qu’elle-même avait failli perdre le bénéfice de sa nationalité américaine. En effet, du fait de ses séjours prolongés à l’étranger, dont un d’un an à l’âge de 16ans, les autorités américaines estimaient que la période pendant laquelle on avait pu lui inculquer les valeurs américaines s’était amenuisée…

Les 2 grands-mères de Susan Severson

Pour Susan, cet accès à la nationalité française est un retour aux sources, et elle parle de ce parcours en terme d’« ellipse » : l’une de ses grands-mères était originaire de Seloncourt et ses autres grands-parents étaient d’origine suédoise. « J’ai l’impression, dit-elle, qu’on est allé faire un petit tour aux Etats-Unis et puis je suis revenue pendant ce mouvement là ».

Maison de la famille roux Seloncourt

Pour conforter ce sentiment elle se remémore son jeune oncle Robert, frère de son père, mort à 20 ans pendant la période du Débarquement… Ce jeune oncle est enterré en Belgique et Susan est allée sur sa tombe il y a une dizaine d’années avec ses parents déjà âgés.

Son oncle à l'armée pendant le débarquement

Avoir la double nationalité pour elle, c’est quelque chose d’ « extrêmement lourd », par exemple en ce qui concerne la responsabilité envers son pays d’origine mais aussi du pays où elle vit. L’un de ses enfants, devenu adulte, lui a dit « mais maman pourquoi on vote pas tous pour le Président des Etats-Unis puisque on souffre tous de ce qu’il fait, le monde entier devrait voter pour ce type-là ».

Susan est la seule de sa génération a être revenue vivre en Europe. Elle sent qu’elle a une vision du monde différente de celle de son frère et de sa sœur.
Dire « je suis française » contrarie Susan, mais dire « je suis américaine » la contrarie tout autant, « je ne peux pas mettre de nom sur ça » ! « On dit  effectivement que être français c’est un mode de vie, enfin moi je me retrouverais avec Jean-Luc Mélanchon qui dit bien qu’être français c’est adhérer à l’emblème de la République « Liberté, Egalité, Fraternité ». Et Susan ne souhaite pas vraiment vivre aux Etats-Unis, elle a eu la chance de voyager dans plusieurs pays à travers le monde, mais son pays natal est le seul où elle a une sensation de peur, et où elle ne se sent pas à l’aise à différents niveaux. Elle adore pourtant la spontanéité et la réactivité des américains qui décident les choses se et les réalisent à peine conçues. Ici il faut discuter, réfléchir, peser le pour et le contre et enfin  agir ; elle est tiraillée entre  ces deux comportements… mais elle pense aussi que si elle vivait aux Etats-Unis elle serait encore plus militante pour essayer encore plus de changer les choses. Très jeune elle a milité contre la guerre au Vietnam. Elle avait déjà « un rapport très difficile avec [son] pays ». En France elle a participé au mouvement des Lip en créant la chanson « Lip vivra », paroles et musique. Actuellement c’est la prochaine exploitation, en France, du gaz de schiste qui soulève son indignation au vu, entre autre, des dangers et des dégâts déjà causés aux Etats-Unis.

Parfois on lui renvoie son identité d’américaine, à l’occasion d’évènements politiques majeurs et il ne lui est pas toujours facile de se situer entre les deux pays. Alors que, du fait des liens familiaux très fort avec sa famille restée aux Etats-Unis, elle a l’impression de vivre à la fois là-bas et ici.

Elle a depuis l’enfance eu une grande attirance pour la langue française que sa sœur aînée étudiait déjà, et à qui elle a demandé très tôt de lui enseigner des mots et des phrases. Du reste elle est devenue orthophoniste en langue française, pour elle langue étrangère, en suivant cette formation à Besançon. Son activité musicale a été un atout important pour l’acquisition du français mais chaque fois qu’elle va dans un pays étranger, elle prépare son voyage en se familiarisant avec la langue du pays où elle va se rendre. Elle estime que c’est très important….

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