Elisabeth Cerutti, libraire : Italie 1931

Sommaire


Ernest Cerutti sera enseignant à l'Institut de Chimie et aura parmi ses élèves « ma maman : Michelle Santschi. Elle avait cinq ans de moins que lui et l'amour a décidé ! »

Ernest et Michelle


Michelle est née à Genlis. Son enfance se passe à Salins-Les-Bains. Son père, Jean Santschi, Suisse d'origine, a neuf frères et une sœur. La famille, de ce côté-ci, est aussi modeste. La mère de Michelle, Denise Lamy, grand-mère maternelle d'Élisabeth, est cuisinière d'abord dans des familles bourgeoises à Paris, puis dans des pensions et enfin à l'hôpital de Salins après la mort de son mari, comptable de profession, à l'âge de cinquante ans.
Grâce à une bourse, Michelle peut poursuivre ses études universitaires d'ingénieur chimiste à Besançon. Elle choisit ensuite la physique et soutient une thèse de doctorat ès Sciences physiques. Pour être maître-assistant à l'Université.
Ernest, professeur, sera par la suite directeur de l'école d'ingénieur de chimie de Besançon, de 1973 à 1982.

Élisabeth Cerutti, leur fille, est née en 1962. Elle est l'aînée de deux autres enfants, Dominique (au féminin) et Bernard.

Dominique, Elisabeth et Bernard


Le grand-père Tomaso est mort en 1966. « Nous habitions dans le quartier de Saint-Claude. Ma grand-mère a été la transmettrice de l'histoire de la famille, du village. L'Italie, c'est chez moi. Mes racines sont là ! »
Caterina qui avait donc fait très peu d'études avait le goût du contact avec les autres. Ce qui lui a permis d'apprendre le français facilement et de pouvoir s'adonner au plaisir de la lecture en lisant des livres en français. Elle faisait des ménages dans différentes familles de Besançon et ces familles lui prêtaient souvent des livres. A la bibliothèque, elle avait emprunté Autant en emporte le vent et s'en était délecté. Son fils Ernest l'abonnera à plusieurs revues.
« Mon père a eu la nationalité italienne jusqu'en 1950. Quand il a obtenu la nationalité française en 1951, il a accompli son service militaire à l'école des officiers d'artillerie à Chalons-sur-Marne. Il a également fait une année en Algérie dans le cadre de son service militaire, de 1956 à 1958.
Mes parents se sont mariés en 1959.
Véritable encyclopédie, mon père avait une mémoire impressionnante des dates. Il raisonnait comme un Français cartésien mais en football, il était resté italien dans l'âme. À chaque grande finale que disputait l'équipe nationale d'Italie, il mettait une bouteille de champagne au frais espérant trinquer à la victoire italienne et clamer : « On a gagné ! »
Il s'est investi dans la vie associative. Il a contribué ainsi a fonder la première association d'insertion pour des marginaux et pour ceux qui sortaient de prison, à Besançon. Il s'est également impliqué dans la formation des travailleurs sociaux. Catholique, il a également donné de son temps à la paroisse.

Ernest Cerutti


Il a appris le français à l'école mais il s'exprime beaucoup mieux que moi! Ma mère, douée pour l'écriture, avait de grandes facilités pour rédiger.
ElisabethAvec mon père, j'ai lu toute la collection des Tintin, d'Astérix. Il avait beaucoup de plaisir à lire à voix haute, pour nous, quand nous étions petits. Je nous revois tous les trois, assis sur la banquette et nous buvions ses paroles.
Ma mère nous a plus lu des contes.
Nos deux parents nous ont encouragés à lire. J'avais un appétit démesuré. J'étais inscrite à trois bibliothèques. Je lisais tout. J'avais onze ans, douze ans, je lisais par ordre alphabétique. Chez ma grand-mère, je lisais des romans d'amour, les SAS chez mes oncles.
A la bibliothèque de l'école primaire, j'avais emprunté La guerre des boutons. Le maître avait téléphoné à mes parents pour savoir si j'avais leur permission.

De Pinnochio, je connais des passages en italien par cœur. J'avais non seulement accès aux contes traditionnels en italien mais aussi aux contes en français par mes parents et l'école. Il n'y avait pas de télé, il est vrai.

Lorsqu'on critique l'Italie devant moi, je la défends, de même pour la France, faisant comme toutes les personnes qui ont une double culture, deux pays.
J'ai une grande reconnaissance pour ma grand-mère. Elle me racontait sa vie, celle de ses cousins. Elle adorait raconter et j'adorais écouter même si elle devait répéter cent dix fois la même histoire!
Nous avons eu une enfance merveilleuse. Pendant nos vacances en Italie, c'était la fête partout. Les grands-parents, qui retournaient chaque été en Italie dans leur maison familiale – celle construite par le père de Tomaso et deux de ses fils -, jouaient avec nous tout l'été.

 

Maison familiale


Nous, les enfants, nous choisissions le menu. La famille italienne – les tantes, les oncles, les cousins - était généreuse et organisait l'été de grands repas chaleureux. Nous dégustions la pastèque mise au frais. Nous prenions le seau à lait pour aller chercher des glaces. Nous nous baignions dans le lac.
CaterinaMa grand-mère aimait rire, recevoir. C'était important pour elle que les gens se sentent bien. Elle n'était pas riche mais donnait à plus pauvre qu'elle. Pourtant, elle a traversé bien des épreuves. Sa vie n'a pas été facile mais elle saisissait le bon côté des choses. Elle avait la joie de vivre.
Elle nous parlait en italien, plus exactement en dialecte italien de la région. En Italie, elle parlait aussi français. Parfois, elle emmêlait les deux langues, savoureusement : « Je suis toute confusionnée » pour dire « confusionata ».

Elle est morte en 1990, à quatre-vingt-sept ans. Elle n'a pas su que je deviendrais libraire. »
Élisabeth Cerutti est donc devenue la libraire que nombre de Bisontins connaissent, visitant sa librairie, achetant ses livres, assistant aux belles rencontres qu'elle organise avec les écrivains.
La librairie sise d'abord au 138 de la Grande Rue s'est ensuite « déplacée », l'année 1997, au 95 de la même rue.
Au printemps 1998, après une intense activité marquant le changement d'emplacement de la librairie, Élisabeth a voulu se reposer quelques jours, au soleil.
« J'étais épuisée. En plus, L'hiver avait été pluvieux. Ma voisine de palier travaillait dans une agence de voyages. Je pensais partir en Sicile sur les traces d'Empédocle mais en Sicile, la mer était encore trop froide. Ma voisine m'a alors fait voir des catalogues et nous sommes tombées sur : « Échappées sahariennes ». Trois jours dans le désert tunisien. Il restait une ou deux places.
J'ai réservé et pris l'avion le dimanche qui suivait... »
Depuis, Élisabeth a, après la France et l'Italie, un troisième pays qui lui est cher, la Tunisie.

Tomaso, Caterina et Elisabeth




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