Allers et retours - Le retour au pays

Sommaire

le retour au pays

 

Mère et grand mère

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

j’arpente le centre ville
changeant sans cesse de trottoir
espérant fouler par hasard
celui où ma mère et ma grand-mère déambulaient ce jour-là
d’un pas si léger et si gai
serrées l’une contre l’autre

scrutant les façades
cherchant malgré moi aux balcons les silhouettes d’autrefois
je marche seule
les bras ballants sur d’anciennes traces
les larmes au bord des yeux

une voiture freine
le conducteur sourit
vous avez sans doute retrouvé votre ancien domicile
j’arrête là mon escalade du mur de clôture
en équilibre instable
j’acquiesce
entre mensonge et vérité
je cherche la villa aux roses de la photo sépia
espérant follement reconnaître la treille
que le couple âgé avait choisie pour poser timidement
lui endimanché
elle les mains croisées sur le tablier
et sur ses genoux leur chat au regard fier

on va vite prévenir le sous-chef et sa mère
ils sont de retour
les lointains habitants de la gare
-vieux enfants de l’ancien sous-chef –
sur le palier
nous n’osons pas y croire
immobiles
quelqu’un appuie sur la sonnette
tout doucement
des pas
nous reculons
soudain prêts à fuir
nous ne voulons pas vous déranger
et puis nous n’avons pas beaucoup de temps
Aïcha ouvre grand la porte
nous pousse dans le couloir
vous êtes ici chez vous
je trébuche
j’ai dix ans
je fonce en trottinette jusqu’à ma chambre
je m’invente des histoires avec les motifs des carrelages
un train siffle s’ébranle et s’il allait sauter sur une mine
une voix nous appelle
je la connais à peine
je la connais depuis toujours
je me dirige les yeux fermés vers la salle à manger
c’est l’heure du goûter
du thé et des gâteaux
est-ce que votre mère connaissait cette recette
oh me blottir contre elle

Pendule

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

maintenant Aïcha nous accompagne sur le trottoir
jure-le moi
tu iras sur la tombe de tes parents
tu leur diras que tu es revenue
agite la main
le taxi s’éloigne
elle tremble dans le rétroviseur et puis s’efface

pour laisser apparaître celle qui autrefois
sur le même trottoir
vérifiait une dernière fois les cartables
plaquait une mèche rebelle


Partager cette page :
  • Les pieds noirs d'Algérie en quelques lignes

    On appelle pieds-noirs les Européens venus s’installer en Afrique française du nord (AFN : Maroc, Algérie,Tunisie) au temps de la colonisation, notamment les Européens d’Algérie.