Entretien avec un franc-comtois alsacien - L'alsacophobie

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L'ALSACOPHOBIE

 

Question- Joseph Pinard, l'historien bisontin bien connu, a constaté dans une de ses chroniques rassemblées dans « 50 Chroniques d'histoire comtoise », tome 1, l'existence d'un véritable racisme anti-alsacien, qui s'exprima en 1898 lors d'élections où le docteur Biïtterlin, conseiller général radical, Alsacien qui avait choisi la France en 1871, subit des attaques grossières venant du journal de son concurrent le marquis de Moustier. J'ai moi-même le souvenir des plaisanteries stupides dont, enfant, dans les années 50, je poursuivais avec mes copains un camarade alsacien (moqueries sur son accent, utilisation du mot « speck » pour le désigner ; j'évoque cela le rouge au front...). Avez-vous subi de telles plaisanteries ?

GK- Non. Et je n'ai jamais entendu le mot « speck ». Quand j'étais à Dole, les gens savaient que j'étais alsacien, et je n'ai rien entendu.

Question- II est vrai que vous n'avez pas l'accent. Est-ce que vous vous souvenez d'un feuilleton passé sur Arte il y a pas mal d'années, qui racontait en plusieurs épisodes la vie de familles alsaciennes entre 1870 et l'après-deuxième guerre ?

GK- Oui. C'était « Les deux Mathilde ». Je pense que c'était un bon reflet de la situation historique et des sentiments des Alsaciens.

Question- Je crois que ce feuilleton a joué un rôle important pour une meilleure compréhension des Alsaciens par leurs compatriotes non-alsaciens.

GK- Je ne suis pas sûr qu'il y ait tellement de gens qui l'ont vu.

Question- Je suis plus optimiste que vous. La critique a été très favorable. Et beaucoup de « Français de l'intérieur » ont réalisé la complexité affective, culturelle, historique, de ce qu'on peut appeler l’« alsacité », et ont compris les maladresses et les incompréhensions dont la France avait fait preuve à plusieurs reprises à l'égard des Alsaciens. On peut être à la fois patriote français et très attaché à sa culture germanique.

Mme K.- Moi je ne suis pas alsacienne, mais ma belle-sœur Annette, une pure Alsacienne, disait à l'époque que cette série reflétait très bien l'atmosphère.

Question- Pour conclure notre entretien, je voudrais vous poser une question plus générale. Vous êtes citoyen du monde, comtois, français, paysan, alsacien, bisontin, mamirollais, catholique, militant d'associations familiales, européen... et j'en oublie certainement. Toutes ces appartenances ont-elles pour vous la même importance ? Et comment les articulez-vous ?

GK- Je suis européen, parce que la construction et l'évolution positive de l'Europe sont indispensables pour contribuer à une vraie paix dans notre continent et dans le monde. Je suis alsacien par mes parents et ancêtres, qui y ont vécu tous depuis le seizième siècle.
Je suis chrétien à la fois par mes parents et mes ancêtres, qui ont été des pratiquants fervents de leur époque, et aussi par mes démarches personnelles qui depuis mon enfance et aussi mon éducation ont fait que je suis, avec des hauts et des bas, et avec d'autres, un chercheur du Dieu de Jésus-Christ.
Je suis comtois, parce que j'ai vécu dans cette Comté, que j'aime depuis plus d'un demi-siècle, une vie d'adulte, avec ses joies et ses difficultés.
Les autres appartenances tiennent plus directement de ce ruban déroulé et de toutes les personnes qui me sont chères.
Je mets la valeur européenne en premier, car pour moi elle est renforcée par un voyage-pèlerinage à Compostelle en septembre 2007. Ce voyage a renforcé mon attachement à l'Europe.

Propos recueillis par Pierre Kerleroux

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