France, pays multilingue - Les langues régionales, dites aussi langues « historiques »

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Les langues régionales, dites aussi langues « historiques »

 

Quelles langues ?
C’est un paysage linguistique simplifié que je présenterai. Je ne parlerai que des langues régionales en laissant de côté les multiples variétés de ces langues, les {jtips}dialectes|Pour les linguistes, un dialecte est une langue pratiquée sur un territoire peu étendu (une région) pour la communication orale quotidienne. Pour les non spécialistes, un dialecte est vu comme un parler inférieur, une « sous-langue ».{/jtips} et les {jtips}patois|C’est un parler très local (villages), utilisé dans les zones rurales par une petite minorité de personnes généralement âgées. Ex : les patois du Haut-Doubs.{/jtips}.

Selon la définition officielle, les langues régionales sont « des langues parlées depuis plusieurs générations par des citoyens français sur le territoire de la République ». C’est pourquoi elles sont dites « historiques ». Elles font partie du « patrimoine linguistique » de la France. Elles « ont le privilège d’avoir une assise territoriale depuis plusieurs siècles » (2). Ces langues sont traditionnellement situées dans un espace géographique assez précis (le breton en Bretagne, l’alsacien en Alsace, etc.), même si la mobilité fait que les langues régionales se déplacent avec leurs locuteurs quittant leur région d’origine.

La liste des langues régionales établie en 1999 pour la France métropolitaine comprend sept langues ou groupes de langues : l’alsacien-mosellan, le basque, le breton, le catalan, le corse, le flamand, le franco-provençal, l’occitan, les langues d’oïl (franc-comtois, wallon, picard, lorrain….).

La vitalité d’une langue s’évalue au nombre de {jtips}locuteurs|Mot utilisé par les linguistes pour désigner celui qui parle. Ex : les locuteurs du turc = ceux qui parlent le turc.{/jtips} qui la parlent. On a peu d’informations précises sur le nombre de personnes qui parlent effectivement telle ou telle langue régionale. Les recensements linguistiques sont presque inexistants, il n’y a pas de statistiques nationales sur les usagers de ces langues.

Les langues en France à l’époque de la Révolution de 1789
La première grande enquête nationale sur les langues parlées en France remonte au XVIIIème siècle avec le rapport de l’abbé Grégoire (1794, an deux de la République). Grégoire recense alors « trente patois (2) différents » et conclut qu’on en est « à la tour de Babel ». Les chiffres qu’il donne montrent qu’à l’époque de la Révolution française, le français n’était parlé que par une minorité de citoyens :
« On peut assurer sans exagération qu’au moins six millions de Français, surtout dans les campagnes, ignorent la langue nationale ; qu’un nombre égal est à peu près incapable de soutenir une conversation suivie ; qu’en dernier résultat, le nombre de ceux qui la parlent n’excède pas trois millions, et probablement le nombre de ceux qui l’écrivent correctement encore moindre » (3).

Quand on sait que la population de la France était d’environ 25 millions d’habitants en 1790, le nombre de ceux qui maîtrisaient le français parlé (3 millions) est faible. Le français a mis longtemps à s’imposer sur l’ensemble du territoire et une enquête de 1864 indique que dans certaines régions de France, on comptait encore un pourcentage très important de Français …. qui ne parlaient pas le français mais une langue régionale ou un dialecte local. C’était le cas de plus de 90% de la population en Corse et dans la région de Nice, et de plus de 75% en Bretagne.

Aujourd’hui
Nous voyons que le multilinguisme « historique » était très important encore à la fin du XIXème siècle grâce à la vitalité des langues régionales. La situation linguistique est maintenant bien différente : l’unification linguistique du pays est réalisée autour du français, les langues régionales ont perdu un très grand nombre de locuteurs, certaines ont presque disparu (par exemple le franc-comtois). Aujourd’hui, moins de 10% de Français pratiquent une langue régionale de façon régulière. Les langues régionales sont de moins en moins transmises dans les familles. Selon une enquête de l’INSEE (4) de 1999, seul un Français sur huit a reçu de ses parents une langue régionale. Certaines langues résistent mieux que d’autres : l’alsacien serait pratiqué par 900.000 personnes sur 1,7 million d’habitants alors que le flamand compterait entre 20.000 et 40.000 locuteurs (on voit l’imprécision des chiffres) sur près de 4 millions d’habitants.

Une langue peut se maintenir par l’enseignement. Les langues régionales sont enseignées depuis 1951 (loi Deixonne sur « l’enseignement des langues et dialectes locaux ») (5). Elles sont aujourd’hui proposées à l’école primaire et dans le secondaire (collège, lycée) dans le cadre de l’enseignement des langues. Mais la demande sociale (en clair, le choix des parents) se fait plutôt en faveur des langues internationales, l’anglais étant de très loin la langue la plus apprise. Ainsi, les langues régionales sont peu choisies dans le primaire (voir tableau 1) ; dans le secondaire elles sont étudiées par 0,42% des élèves seulement. La situation est très variable selon les langues. Le corse appris par 92% des élèves de l’école primaire est en position très favorable.

Anglais Allemand Espagnol Italien Portugais Arabe Langues régionales
79,7% 15,2% 2,5% 1% 0,1% 0,16% 1,34%
76,1% en 1999 20% en 1999

Choix des langues à l’école primaire.
Sources : Statistiques de l’Education nationale pour 2003-2004.

Comme on peut le voir, l’enseignement (sauf exception) n’est pas une aide très efficace pour le développement des langues régionales. Ce rapide tour d’horizon illustre bien la situation fragile de ces langues, mal transmises dans les familles, pas assez  apprises dans le système scolaire.

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