France, pays multilingue - Les langues de l’immigration

Sommaire


Les langues de l’immigration

 

Paysage linguistique
Les langues de l’immigration sont une composante importante du multilinguisme en France, par leur nombre et par la diversité linguistique qu’elles représentent. A la différence des langues régionales qui sont parlées dans une zone géographique particulière, les langues de l’immigration forment une sorte de mosaïque : dans une ville, un quartier, plusieurs groupes linguistiques différents coexistent. C’est ainsi qu’au marché de Planoise à Besançon, on peut entendre parler plusieurs langues.

La France est un vieux pays d’immigration. Vers 1900, plus de 850.000 migrants étaient installés sur le territoire français, dont 160.000 dans le département de la Seine (région parisienne). Ont suivi des flux successifs de migrations, différentes dans les origines géographiques et linguistiques : Italiens, Espagnols dans les années 30 ; Algériens, puis Marocains et Tunisiens après la Seconde Guerre mondiale ; Portugais à partir des années 60 ; Turcs dans les années 80…. Depuis les années 90, les migrations à l’échelle mondiale ont beaucoup évolué : les nouveaux migrants viennent de tous les horizons de la planète, de pays souvent très éloignés des lieux d’accueil. Les migrants arrivés en France en 2004 représentaient 150 nationalités différentes. Mais la France se distingue des autres pays d’immigration par l’importance des migrations historiques (venues de pays anciennement colonisés ou placés sous protectorat français) : ainsi, 70% des nouveaux arrivants viennent d’Afrique noire et du Maghreb, et les langues qu’ils parlent font déjà partie du paysage linguistique de l’Hexagone.

Tous ces migrants, anciens et nouveaux, sont venus avec leur(s) langue(s). Combien de langues apportées par l’immigration sont parlées en France ? Il est impossible de le dire avec précision. On a des statistiques sur les nationalités mais la nationalité ne renseigne pas automatiquement sur la langue pratiquée. Un Chinois peut parler le mandarin, ou le cantonais, ou le wenzhou… ; un Sénégalais peut avoir pour langue maternelle le wolof, ou le bambara, ou le diola… ; un Marocain parlera l’arabe marocain, le {jtips}berbère|Le berbère est une langue minoritaire parlée dans plusieurs pays d’Afrique (Maghreb, Égypte, Libye, Mauritanie…) et d’Europe occidentale (France, Belgique, Allemagne…) en raison des migrations. Le berbère est divisé en de très nombreux dialectes. Ex : le tarifit, le tamazighte, le tachelhit ou « chleuh » au Maroc.{/jtips} ou un dialecte local… Difficile donc d’identifier la langue maternelle à partir de l’origine. On n’a pas de chiffres exacts sur le nombre de locuteurs pour chaque langue de l’immigration ni sur le nombre de bilingues arabe-français, turc-français, berbère-français, etc.

Transmission dans les familles
Comme pour les langues régionales, le maintien des langues de l’immigration dépend avant tout de leur transmission par les parents. Les chiffres disponibles indiquent des taux de transmission assez faibles. Mais la situation reste assez mal connue et ce qu’écrivait L.-J. Calvet (6) en 1994 est toujours valable aujourd’hui :
« Nous ne disposons pas d’étude globale sur les modalités de transmission des langues ni sur la façon dont elles coexistent avec le français » (p.256).

Une enquête de l’INSEE de 1992 montre que d’une génération à l’autre l’espagnol aurait perdu 80% de ses locuteurs, les langues d’Afrique subsaharienne 75%, l’arabe 50%. Selon cette enquête, la 2ème langue de communication en famille serait l’arabe (mais dans 2% des familles seulement), puis le portugais (1%). Une enquête plus récente de l’INSEE (1999) confirme la faible transmission des langues familiales et donne la liste des langues les mieux transmises. Ce sont dans l’ordre le turc, le chinois, le vietnamien, le serbo-croate. Pour bien interpréter cette liste, il faudrait faire la distinction entre migrations anciennes et migrations récentes. Les recherches montrent que le maintien de la langue familiale doit être observé sur plusieurs générations (trois générations). La durée d’installation est un facteur qui a son importance. La non transmission des langues familiales a pour conséquence directe une diminution de l’usage de ces langues.

Enseignement
Le maintien des langues de l’immigration est favorisé par leur enseignement. Il existe deux dispositifs d’enseignement de ces langues dans le système scolaire :
- L’enseignement des langues et des cultures d’origine (ELCO)
Le dispositif ELCO a été mis en place à partir de 1973 dans le primaire et le secondaire en fonction d’accords signés entre la France et huit pays d’émigration (7). Les ELCO ne sont pas véritablement intégrés dans le système scolaire : l’enseignement de la langue d’origine se fait en dehors (en plus) du programme normal et les enseignants ne dépendent pas directement de l’Education nationale (ils sont choisis et rémunérés par les pays d’origine). Seuls les jeunes originaires des huit pays cités peuvent recevoir un enseignement de langue. De plus, la langue enseignée est la langue nationale des pays d’origine, dans sa version standard (on enseigne par exemple l’arabe littéraire et pas l’arabe dialectal qui est la langue utilisée dans beaucoup de familles). Souvent, il n’y a donc pas de continuité entre la langue familiale et la langue enseignée.

Il y aurait environ 200 classes d’ELCO, ce qui est peu. Il faut dire que les ELCO n’ont jamais été une priorité des politiques éducatives en France. De ce fait, l’enseignement des langues d’origine reste marginal et ne peut pas être un véritable support pour ces langues.

- Les langues de l’immigration dans l’enseignement des langues étrangères
Certaines langues de l’immigration sont enseignées comme langues étrangères depuis de très nombreuses années ; c’est le cas de l’espagnol et de l’italien. Pour l’école primaire, on se reportera au tableau 1 (article 2) qui donne des chiffres pour quelques langues. Pour le portugais et l’arabe (et peut-être aussi pour l’italien), les pourcentages ne sont pas très significatifs car ces langues ne sont enseignées que dans un petit nombre d’écoles : le portugais est proposé dans 26 écoles (sur 6 académies), l’arabe dans 5 écoles (sur 2 académies) (rapport de 2001) (8). En ce qui concerne l’enseignement secondaire, le tableau 2 donne le pourcentage d’élèves pour chaque langue (chiffres de 2004).

 

Langues étrangères
Rentrée scolaire 2004
Métropole
et DOM-TOM
anglais 62,1%
espagnol 24,1%
allemand 9,9%
italien 2,8%
russe 0,18%
portugais 0,145%
arabe 0,09%
chinois 0,08%
polonais 0,0026%

Effectifs des élèves apprenant une langue étrangère
(chaque élève qui apprend une langue est compté autant de fois
qu’il apprend de langues différentes).
Source : Ministère de l’Education nationale.

Sans surprise, l’anglais se taille la part du lion. L’espagnol occupe la 2ème place. Comparativement, l’arabe, le chinois, l’italien, le portugais sont classés dans les langues « à faible diffusion ». Ici encore, dans l’interprétation des pourcentages, il faut prendre en compte le fait que ces langues sont enseignées dans moins d’établissements que les « grandes » langues. On sait aussi que pour certaines langues l’offre de cours est insuffisante. C’est le cas pour l’arabe et le chinois où la demande est importante, en particulier à l’université.

Les langues de l’immigration sont une grande contribution au multilinguisme de la France. Mais leur situation est fragile et dépend beaucoup de la volonté des personnes de conserver leur langue.

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