France, pays multilingue - Conclusion

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Conclusion

 

Cette présentation, même très simplifiée, du paysage linguistique de la France est bien le reflet d’une réalité multilingue. Mais cette diversité linguistique est souvent minimisée ou ignorée tant la langue française domine dans la vie publique. La pression de l’environnement francophone fait que les langues minoritaires (régionales ou issues de l’immigration) doivent lutter pour ne pas disparaître. Dans le système éducatif, c’est la pression de l’anglais qui menace l’apprentissage de ces mêmes langues comme langues étrangères. On le constate, les situations de multilinguisme sont rarement pacifiques et conviviales : les langues sont d’une certaine manière en concurrence et les grandes gagnantes sont les langues jugées les plus attractives. Les situations de multilinguisme sont donc instables, évolutives.

« Si les sociétés ne meurent pas […] c’est parce qu’elles ont des langues, et sont racontées par ces dernières » écrit C. Hagège (9).
Les langues racontent l’histoire des sociétés et elles racontent aussi l’histoire des familles et de ses membres (ceux qui sont partis, ceux qui sont restés au pays…). Les langues appartiennent à l’histoire familiale, elles tissent des liens entre les générations, sont les langues « des racines ». Elles accompagnent les migrations, que celles-ci soient intérieures (un Alsacien qui quitte sa région pour aller travailler dans le sud de la France) ou extérieures (un étranger qui s’installe en France). Avec les migrations des personnes, les langues quittent leur territoire d’origine et entrent dans un nouvel environnement linguistique. C’est une première rupture. La 2ème rupture se produit quand la langue familiale n’est pas transmise aux enfants : les enfants ne parlent plus la langue de leurs parents. Apprendre la langue familiale à l’école ou en dehors de l’école est un moyen – mais un moyen indirect – pour l’individu de renouer avec l’histoire linguistique mais aussi avec l’histoire intime de ses parents et de ses grands-parents, de renouer avec la mémoire vive.


1.  Extrait de l’intervention de Mme C. Albanel, ministre de la culture et de la communication, lors du débat sur les langues régionales à l’Assemblée nationale, le 7 mai 2008.
2.  Patois, dialecte, jargon désignent à l’époque tout ce qui n’est pas la langue française. Ce sont des parlers considérés comme inférieurs.
3.  Le rapport Grégoire « Sur la nécessité et les moyens d’anéantir les patois et d’universaliser l’usage de la langue française » est reproduit dans Une politique de la langue, M. de Certeau, D. Julia, J. Revel, Gallimard, 2002, p.331-351.
4.  Institut national de la statistique et des études économiques.
5.  La loi Deixonne concernait quatre langues régionales en 1951 : le basque, le breton, le catalan et l’occitan. Elle a été étendue au corse en 1974.
6.  Louis-Jean Calvet, Les voix de la ville, Ed. Payot & Rivages, 1994.
7.  Ces huit pays sont le Portugal (1973), l’Italie et la Tunisie (1974), l’Espagne et le Maroc (1975), la Yougoslavie (1977), la Turquie (1978), l’Algérie (1982).
8.  L’enseignement des langues étrangères à l’école primaire, Rapport, Ministère de l’Education nationale, Inspection générale, février 2001.
9.  Claude Hagège, Halte à la mort des langues, Ed. Odile Jacob, 2000, citation page 19.

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