L’Orient à l’Occident tressé - Ecriture et bilinguisme

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Ecriture et bilinguisme :

Pratiquant la langue française en tant qu’universitaire, rédigeant une thèse, des articles, des livres collectifs, des comptes-rendus, un essai… je n’ai pas senti pas mon bilinguisme à l’œuvre. Il s’est mis à fonctionner lorsque je suis passée à l’écriture de fiction. Mais sans doute avait-il commencé à œuvrer en poésie : « Il n’est de lui que le poète » est construit sur la forme : « il n’est de Dieu que Dieu ». Dans d’autres poèmes, il serait question d’un “bilinguisme végétal”, empruntant à des paysages, à des motifs maghrébins : corail, gazelle, jasmin, ambre, calligraphie…
C’est lors de l’écriture des nouvelles de Rien ne me manque que je me suis surprise, écrivant en français, à l’écoute de l’autre langue.
L’écriture est miraculeuse. Elle met en branle ce qui semblait dormir en vous. Car, hormis une nouvelle écrite en Algérie, toutes ont été composées en France, pays où je pratique peu l’arabe de mon enfance et de ma jeunesse.
Pour décrire certaines situations, des phrases en arabe sont remontées. Je les ai traduites, en toute conscience, au plus près, espérant faire entendre la nuance, le surplus de sens que la langue française n’exprime pas d’emblée : « Le temps qui passe et donne la patience » (p.42). « Il dût démentir ses yeux » (p.67). « Elle marcha sur son cœur… » (p.71) « Celui qui est aimé de Dieu n’atterrit pas dans un hôpital de chez nous » (p.85) Ou bien encore : « J’implore pour elle ta protection. Sa vie est accrochée à ton cou » (p.85).
Je pourrais dire : je les entends en arabe et je les écrits en français. La langue française devient un réceptacle qui reçoit la langue arabe et la transmue. Il m’arrive également d’insérer directement des mots en arabe transcrits en français. Cet entrelacement des deux langues (glossaire en fin de recueil) me fait écrire dans un état de réflexion et de jubilation. Mon plaisir est grand quand des lecteurs, n’ayant aucune connaissance de l’arabe, me désignent les « phrases habitées » et me disent : “elles sont poétiques”

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