L’Orient à l’Occident tressé - Rien ne me manque

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Rien ne me manque :

Cette expression est donc tirée de l’arabe, telle que je l’ai entendue en Algérie, souvent formulée par des femmes, dans des situations plus ou moins graves.  Lors de rencontres avec le public, je me suis retrouvée parfois à « m’expliquer » sur ce titre, avec le sentiment que certains n’entendaient pas ce qui y était contenu, dans la nuance et la complexité. La cause était entendue. Les Algériennes sont si résignées qu’elles affirment que rien ne leur manque alors que tout leur manque !
Celui qui écrit avec une langue donnée alors qu’il est habité par une autre langue entend des voix qu’il est seul à entendre. Son travail d’écrivain est justement de faire résonner dans son écriture ce qui n’y paraît pas directement : l’inaudible, l’indicible… De façon générale, si je puis dire, et hors de la problématique du bilinguisme, une écriture totalement littérale, lisible, transparente, en supposant qu’elle existe, ne serait déjà plus de la littérature. Toute écriture suppose sa part d’indicible et d’inaudible, son “infracassable noyau de nuit”
Dans la nouvelle éponyme, « Rien ne me manque » est énoncé par une femme qui n’a pas de mots pour signifier qu’elle est dans une impasse, qu’elle y étouffe alors qu’elle est protégée par son époux, le maître de son foyer, qu’elle a des fils, mange et boit. Quand je lui fais dire : « rien ne me manque », je ressens son étouffement, j’ai même les poumons qui se rétractent et je ne veux pas qu’on la renvoie à sa seule résignation. Mes yeux ont capté des réalités, mes oreilles ont maintes fois entendu cette expression déclinée à travers les accents du pays… Le titre de mon recueil a voulu rendre la résignation, le désespoir des femmes, des femmes du passé et des femmes du présent, mais aussi l’écho d’une fierté, d’une pudeur s’interdisant  la plainte…

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