Quelques figures du bilinguisme

« Le bilinguisme des migrants est d’une manière générale une affaire transitoire : l’assimilation peut prendre deux ou trois générations,

mais il est plutôt rare que des descendants de migrants immergés dans la société d’accueil maintiennent leur langue à long terme, sauf dans des circonstances particulières » (G. Lüdi, B. Py, 2003 : 17).

 

Le bilinguisme migratoire (langue d’origine + langue du pays d’immigration) est souvent décrit comme une situation qui évolue vers des formes de monolinguisme par abandon progressif de la langue d’origine. L’évolution linguistique s’effectue généralement sur plusieurs décennies : elle est visible chez la 1ère génération d’enfants nés en France, et, sauf « circonstances particulières », l’assimilation linguistique est effective à la génération suivante. C’est une tendance générale confirmée par de nombreuses enquêtes effectuées dès les années 60 aux États-Unis et au Canada. En France, les conclusions de la première grande enquête nationale réalisée en 1999 sur le sujet (Les résultats de l’enquête sur la transmission familiale des langues -langues régionales et langues d’immigration-, INSEE 1999 sont présentés et analysés dans un ouvrage collectif publié en 2005 sous la direction de C. Lefèvre et A. Filhon) vont dans le même sens.

Les grandes études à l’échelle des générations nous disent peu de choses des situations linguistiques réellement vécues par les migrants et leurs descendants. C’est ce qui m’a amenée à m’intéresser au bilinguisme migratoire en centrant l’objectif sur les individus pour tenter de saisir la réalité complexe de personnes qui, suite à une migration, vivent avec deux langues. Qu’une seule des deux langues soit parlée, la langue d’origine ou le français, ne change en effet rien au fait que les personnes migrantes et leurs enfants vivent dans un contexte où les deux langues sont présentes. Dans ce qui suit, je voudrais illustrer quelques-unes des diverses facettes du bilinguisme, réalité multiforme. Je présenterai quatre études de cas qui s’appuient sur des entretiens menés en 2008 avec des personnes issues d’une migration résidant à Besançon ou dans sa région.

Les trajectoires linguistiques retracées dans les études de cas sont liées à des histoires singulières et montrent la diversité des figures du bilinguisme. L’usage du pluriel s’impose : il y a des bilinguismes comme le lecteur pourra le voir dans les exemples qui vont être exposés :
-    Étude de cas n°1 : trajectoires d’un bilinguisme familial acquis en Algérie
-    Étude de cas n°2 : un bilinguisme adulte avec dominance de la langue native, le turc
-    Étude de cas n°3 : un bilinguisme précoce turc-français harmonieux
-    Étude de cas n°4 : un bilinguisme réceptif ou la langue arabe ‘absente’
Les études 1, 2 et 3 concernent des personnes ayant migré à différents moments de leur vie alors que dans l’étude 4 il s’agit d’une personne née en France (1ère génération née en France).

L’ordre de présentation des études de cas n’impose pas celui de la lecture qui peut se faire selon le choix de chacun. Mais avant cette lecture, il est important de comprendre le point de vue sur le bilinguisme qui a été adopté dans ce travail (voir « Qu’est-ce qu’une personne bilingue ?)

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