Séjour pour raison médicale : Témoignage de MM Y - L´installation

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L’installation

Mme : C’est pour notre enfant.

Mr : Je n’ai pas décidé de rester en France, c’est une obligation. J’ai mon fils qui est reconnu handicapé : il a un handicap psychomoteur et il est suivi depuis son arrivée. Depuis 2000. Il est suivi par l’hôpital et puis on a constaté que son état ne permet pas de le déplacer ; même si ça va de mieux en mieux. Même le médecin nous a conseillé de rester.  Il a constaté que son état ne permet pas d’arrêter les prises en charge médicale pour son intérêt, l’intérêt de mon fils, pour garantir ses soins parce que ses soins ne seraient pas assurés dans mon pays, ce n’est pas possible. Donc j’ai préféré mon fils.

2005, 2006, c’est la période la plus difficile pour toute la famille bien que mon dossier ait été déposé à l’avance …
2004, 2005, 2006, mon dossier a suivi plusieurs pistes et orientations. Finalement, il a été résolu par la décision du médecin qui atteste que les soins ne sont pas possibles dans mon pays d’origine, d’où la nécessité de rester. C’était la période la plus difficile parce que pendant 30 ou 36 mois je ne travaillais pas, et donc pas de revenus. C’est difficile au niveau moral. Quand vous êtes reconnu, que vous arrivez, vous avez tous les avantages et soudain tu te trouves sans travail et pas reconnu. Bon, on a pu supporter tout ça parce que on sait l’objectif qui est devant nous, c’est la santé de notre fils. C’est dur de vivre. Même avec les voisins c’est difficile, c’est pas pareil.

Ce qui est difficile c’est que nous sommes obligés d’être plus enfermés sur nous, beaucoup plus qu’avant. Avant nous rendions visite aux amis et on les recevait. Maintenant on regarde plus les dépenses, parce que ce qui est nécessaire, c’est la vie des enfants. Plus que de faire des visites ou … Quand on a des visites, nous recevons des cadeaux, on doit rendre des cadeaux, et on ne peut pas. C’est ça qui gêne un peu.

En plus, sans titre de séjour vous n’êtes pas libre, vous ne pouvez pas être actif, vous ne pouvez pas continuer votre engagement.
Par exemple en 2003, octobre 2003, il me reste une année comme membre dans le conseil d’administration de la maison de quartier, mais j’ai arrêté, je me suis retiré discrètement parce qu’être dans une association, ou membre d'une association alors que vous êtes dans une situation illégale, c’est un peu gênant.
J’y étais en 2002, 2003, 2004. J’ai été actif pendant deux ans. En 2006, c’est une autre étape de vie, on commence à penser à s’installer définitivement, car notre séjour est déjà régularisé.

Mais on a toujours des soucis parce qu’on ne se considère pas installés. Parfois on ne craint rien, parfois on a peur que nos papiers ne soient pas renouvelés.

Face à la décision du médecin ; ce n’est pas son médecin, c’est le médecin inspecteur de la DDAS qui voit que les soins ne sont pas possibles dans mon pays d’origine, ce sont des soins qui nécessitent sa présence ici. Il y a une décision qui est prise et donc il a un titre de séjour. Mais il ne faut pas que la famille reste en doute. Il faut donner la chance à la famille pour qu’elle construise son avenir ici.
Par exemple, pourquoi je serais obligé de continuer un travail dans le bâtiment alors que je sais que je peux être plus rentable, plus bénéfique dans d’autres domaines, avec toutes mes expériences, avec toutes mes formations. Mais je ne peux pas  prendre le risque car si je quitte mon travail, je serais considéré comme les gens qui se lèvent tard et le renouvellement du séjour n’est pas acquis.

Le plus gros problème, c’est que l’on reste en doute à chaque renouvellement du titre de séjour. Et c’est aussi l’avenir des autres enfants qui fait peur car si à l’arrêt des soins de celui qui est malade, ils disent que son retour au pays ne constitue plus un danger et qu’ils ne renouvellent pas les titres de séjour, ce sera un problème pour les autres enfants. Ils sont en plein cursus scolaire ; le grand a fait tout son primaire ici et va entrer en 6ème l’année prochaine. Après 9 ans de résidence, on a d’autres soucis. Les plus grands se sont habitués à la vie ici et leur scolarisation au pays, en cours de parcours, serait problématique.

De plus j’ai perdu mon travail, mon poste dans mon pays. J’ai commencé par tout perdre avant de gagner quelque chose ici. La seule chose que j’ai gagnée, c’est des soins pour guérir la maladie grave de mon fils.


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