L’affaire Cachelin à Besançon 1921

Avec l’affaire de « l’ouvrier Cachelin » nous allons voir que l’entrée en France de manière irrégulière est pour l’administration difficilement pardonnable et que le maintien en France de l’étranger qui a commis l’infraction peut être compromis, même si sa présence est jugée indispensable par l’entreprise qui l’a embauché.

(Voir dossier Cachelin, Arch. dép. du Doubs, M 4056. Son prénom n’est jamais cité ; suivant les circonstances, il est nommé « le sujet suisse », « l’ouvrier Cachelin »,  « notre Collègue Cachelin », « le sieur Cachelin », ou tout simplement Cachelin. Arch. dép. du Doubs, M 4056.)

 

Voici de quoi il s’agit.
Cachelin, de nationalité suisse, entre en France en 1921 muni d’un « passeport délivré à titre d’excursion ». Il est embauché par l’entreprise horlogère Lipmann, installée rue des Mouillères à Besançon. Cachelin n’est pas en règle à double titre. Son passeport ne l’autorise pas à se rendre en France pour y travailler ; de plus, il n’a pas demandé la carte d’identité d’étranger. Or, le service central des cartes d’identité du ministère de l’Intérieur en a été informé et exige son refoulement à la frontière. L’entreprise Lipmann et le Syndicat des ouvriers de l’industrie horlogère de Besançon interviennent en sa faveur auprès du préfet du Doubs, en s’appuyant sur le fait que Cachelin a une qualification très recherchée, celle de « visiteur aux échappements ». Ainsi, le 12 septembre 1921, le préfet du Doubs écrit au ministre de l’Intérieur  :

[…] l’emploi de visiteur aux échappements est dans une fabrique d’horlogerie extrêmement important : c’est non seulement un poste de contremaître, mais aussi un poste de confiance. Sans visiteur d’échappements, cinquante ouvriers peuvent être arrêtés dans leur travail. L’emploi exige trois ans d’apprentissage et trois ans de pratique au moins. Un mutilé tel que celui que l’Office de Belfort avait proposé à M. Lipmann, et qui n’a que six mois de rééducation pour le rhabillage, est absolument incapable de faire un visiteur d’échappement. Il est très difficile, sinon impossible, de trouver en France des spécialistes de cette catégorie.
En revanche, je me permets d’appeler votre attention sur le rapport ci-joint dans lequel je vous signale une situation qui, elle, est nettement préjudiciable aux ouvriers monteurs de boîtes en chômage dans mon département . En ce qui concerne Cachelin, si je n’ai pas reçu contre-ordre de votre part, il sera refoulé samedi 17 septembre au soir.

Le ministère de l’Intérieur demande alors l’avis du ministère du Travail, lequel écrit au préfet du Doubs le 29 septembre 1921 :

J’ai l’honneur de vous informer que le Ministère de l’Intérieur m’ayant demandé mon avis sur l’opportunité d’autoriser cet étranger à rester en France, je lui écris par ce même courrier, pour le prier de faire procéder le plus tôt possible à son refoulement à la frontière, le résultat de l’enquête ne laissant pas de doute sur le fait que l’infraction aux règlements en vigueur a été commise sciemment par les intéressés.

C’est la logique répressive qui va donc prévaloir car Cachelin est expulsé le 6 octobre 1921. Avant de terminer, remarquons le rôle joué à cette occasion par deux ministères qui auront, entre les deux guerres, un rôle de première importance en matière d’immigration : le ministère de l’Intérieur et le ministère du Travail.

Extrait du livre "Etrangers de chez nous " d'Alain Gagnieux.

Partager cette page :