« On a payé un passeur 5000 euros … »

Avec son mari, ils vivent dans l’angoisse d’un 3° refus et d’un éventuel nouveau départ, alors que leurs 2 enfants, nés ici, ne connaissent que Besançon.

 

« Je suis arrivée à Besançon avec mon mari, en octobre 2005, d’un pays du Caucase. »
L’histoire de N… est liée à l’histoire compliquée et douloureuse de son pays.

« Ma mère était d’une ethnie minoritaire, qui était persécutée. En 1988, mes parents ont décidés de fuir en Russie, j’avais 5 ans, ils m’ont laissée à la garde de mes grands-parents paternels. Je ne les ai jamais revus. On a retrouvé le cadavre de mon père à la frontière, on n’a jamais eu de nouvelles de ma mère. Je n’ai pas de souvenir d’eux. Mes grands-parents m’ont dit qu’ils étaient morts dans un accident de voiture, il n’y a pas longtemps que je sais la vérité. »

« Je ne pouvais pas rester dans mon pays, à cause de mes origines, je n’avais pas les papiers. Avec mon mari, on a décidé de partir en Europe, j’étais enceinte de 9 mois. C’est mon grand-père qui a payé le passeur, 5000 euros. Le voyage a duré 11 jours. »

«  On est d’abord parti en bus, mais très vite on a changé pour un camion où on était caché derrière des marchandises pour passer les frontières. »
« Le chauffeur nous a déposé à Besançon, à Planoise, quelqu’un a téléphoné aux pompiers parce que j’allais bientôt accoucher. Cette personne m’a donné son numéro et nous a dit de rappeler pour donner des nouvelles. »

« J’ai accouché 3 jours après de ma fille. L’assistante sociale de l’hôpital a appelé le CAUDA de la rue Gambette pour mon mari. Ils ont trouvé un interprète parce qu’ on ne comprenait rien. Je suis restée 9 jours à l’hôpital. »

« Nous avons séjourné 2 mois et demi au CAUDA, puis on est allé 4 ans au CADA ADOMA, où on devait partager la cuisine, les toilettes et la salle de bain avec d’autres personnes. Ensuite on a passé 4 mois au SAAS rue Champrond, puis au CADA près de la piscine. Maintenant nous sommes rue Clemenceau, en attendant un autre lieu qui est en travaux. »

«  Comme je ne comprenais pas le français, on m’a donné une mini-pilule pendant que j’allaitais ma fille. Quand j’ai arrêté, je n’avais pas compris que j’aurais dû le dire pour qu’on me change de pilule. C’est comme ça que je suis tombée enceinte ! Mon fils est né 1 an et demi après … »

« Au CADA, j’ai pris les cours de français au début. Puis maintenant à Planoise. Je rentre à la maison de quartier de Montrapon et je demande : qu’est-ce qu’on fait ici ? Il y a des livres, je prends le dictionnaire et j’écris les mots sur un cahier. Je regarde aussi la télé. »

« Pendant 2 ans je suis allée comme bénévole à l’UNICEF, et 2 fois par semaine à RECIDEV, mon mari à la banque alimentaire. »

« Dans notre pays, mon mari était tailleur de diamants, et il a travaillé dans le bâtiment. Moi je n’ai pas travaillé avant de partir, maintenant j’aimerais faire quelque chose dans la décoration. »

« Nos demandes de papiers ont été refusées 2 fois.. C’est très difficile quand on change de pays, mais si on ne peut pas rester chez soi, on n’a pas le choix, on s’adapte. La vie est dure parce-qu’on est sans ressource. »

« Le CDDLE nous a proposé un certificat de Parrainage Républicain avec 4 personnes pour nous soutenir et aider nos enfants. Nous sommes en contact permanent avec eux, ils sont très gentils, je peux leur téléphoner si j’ai un problème, comme l’autre jour avec France-Loisir, j’avais signé quelque chose que je n’avais pas compris ! C’est un grand soutien pour nous . »

« Ici je me sens libre, si j’ai une idée je peux la réaliser, j’aimerais rester à Besançon… Chez nous les hommes décident davantage. »

« Mes enfants vont à l’école et parlent très bien français. A la maison on parle notre langue, ma fille est bilingue. Quand je n’ai pas de cours de français, je reste toute la journée sans parler à personne, c’est difficile. Je n’ose pas aller vers les autres femmes du groupe. J’ai peur que ça ne plaise pas, à cause des différences de culture, de religion, du passé, j’ai peur que leur mari dise quelque chose … »

« Si on doit repartir, on ira en Russie. »

N… dit qu ‘elle va essayer d’entrer plus en contact avec ses collègues de cours qui ont les mêmes problèmes d’isolement qu’elle.
Sans papier, elle ne peut travailler ni faire de projet. Avec son mari, ils vivent dans l’angoisse d’un 3° refus et d’un éventuel nouveau départ, alors que leurs 2 enfants, nés ici, ne connaissent que Besançon.

Partager cette page :