Logement

Logement - photo Sarah RITTER

Le logement des immigrés a été généralement assez semblable à celui des des classes populaires, c'est-à-dire qu'ils n'ont jamais habité dans les quartiers aisés de la ville, et c'est encore le cas aujourd'hui, même si une certaine diversification , liée aussi à la diversification sociale de l'immigration, est en cours aujourd'hui. Depuis la fin de la première guerre mondiale, on peut distinguer quatre phases :

  • l'entre deux guerres ;
  • la période de la reconstruction (1944-1960/65) ;
  • l' « âge d'or » du parc social (1960/65-1980/85) ;
  • la diversification récente.

Pendant l'entre deux guerres, les immigrés installés à Besançon, provenaient essentiellement d'Europe (Italie, Suisse, Espagne...). Le plus souvent ouvriers, ils habitaient les mêmes quartiers que les travailleurs français ; Battant, ce quartier qui s'était prolétarisé au XIXe siècle avec la multiplication des ateliers d'horlogerie, en est l'exemple typique. Bien souvent, ces immigrants majoritairement de confession catholique, bénéficiaient de l'aide des paroisses bisontines.

Au lendemain de la seconde guerre mondiale, les besoins de la reconstruction et du développement industriel entraînent de forts mouvements migratoires à Besançon qui reçoit aussi bien des ruraux proches et des migrants venant de pays traditionnellement pourvoyeurs de main-d'œuvre que des nouveaux venus, principalement algériens au début. De ce fait, le nombre d'étrangers à Besançon, qui avait fortement décru dans les années trente (leur nombre avait été divisé par plus de deux entre 1931 et 1946) augmente très rapidement dès les lendemains de la seconde guerre mondiale, passant de 2% de la population bisontine en 1946 à 6 % en 1962, alors que la population bisontine s'est elle-même fortement accrue. La question du logement est extrêmement difficile, pour la population bisontine, certes, mais plus encore pour les immigrants, en particulier pour les Algériens qui ne bénéficiaient pas de la présence sur place de compatriotes : ils logent dans les casemates des fortifications de Vauban, dans des wagons désaffectés près de la gare, dans les baraques des bidonvilles des Founottes, dans des immeubles insalubres de Battant et d'ailleurs...

Ces besoins flagrants en logements vont avoir une double conséquence :

  • d'une part, l'application à Besançon de la politique nationale de développement des HLM – au confort parfois relatif – pour les classes populaires ; c'est ainsi que commence la construction des quartiers de Palente-les-Orchamps et de Montrapon en 1953,
  • d'autre part, le développement d'initiatives individuelles (J. Carbonare, H. Huot...) ou collectives (création de l'AATA (Association d'accueil des travailleurs algériens) en 1952, devenue AATEM en 1962, pour répondre à la situation des personnes les plus défavorisées. C'est ainsi qu'avec l'aide de la ville, furent édifiés, au milieu des années cinquante, le foyer pour travailleurs célibataires de l'avenue Clemenceau (240 places), les pavillons de bois des Founottes, des cités de transit telle celle de la Pelouse à Saint-Ferjeux...

La fin des années cinquante et les années soixante voient le développement des grands programmes d'habitat collectif : fin de la construction de Palente-les-Orchamps et de Montrapon (1962), édification des barres des 408 (1958-1961), de la cité de Fontaine-Ecu (1964-1966), puis du quartier des Clairs-Soleils (1966-1968). Les immigrants, dont l'origine se diversifie (Algérie, Portugal, Maroc, Turquie, puis Afrique Noire...), venus en masse à cause de l'expansion économique, y occupent de nombreux logements, d'autant plus que le regroupement familial s'accélère : en 1975, plus de la moitié des Maghrébins vit en famille. Parallèlement, les constructions précaires des années cinquante sont détruites, comme la cité de la Pelouse (en 1973) ou remplacées par des bâtiments en dur (cité des Founottes en 1969). Enfin, la fin des années soixante voit le début de la construction  du quartier de Planoise, conçu au départ comme centre complémentaire de Besançon. Les premiers habitants s'installent en 1968 et, dès 1982,  Planoise compte plus de 17 000 habitants, ce qui en fait le plus grand quartier d'habitat social de Franche-Comté.

La période récente, depuis 25 à 30 ans, est marquée par de profonds changements chez la population migrante ou d'origine étrangère : ralentissement des flux migratoires, diminution de la taille des familles, apparition puis développement du chômage de masse, différenciations sociales...

Cette situation n'est évidemment pas sans conséquences pour la question du logement : désaffection des très grands appartements, demande accrue de petits... Cette évolution entraine la mise en place de la « politique de la ville » qui se traduit par des programmes d'amélioration de la qualité des logements et de leur cadre environnemental dans les quartiers d'habitat social, mais aussi par la destruction de certains immeubles, les plus grands en particulier, tels le « Balzac » à Montrapon dès 1987 ou, plus récemment de certains bâtiments aux Clairs-Soleils ou à Planoise. Les constructions de remplacement sont plus petites, aussi bien pour les immeubles que les logements. Mais tous les besoins en habitat social ne sont pas satisfaits à Besançon, ainsi qu'en témoignent les listes d'attente auprès des bailleurs publics ou privés. Parallèlement, du fait des différenciations sociales, l'habitat des populations immigrées n'est plus uniquement locatif : l'achat en copropriété se développe, ainsi que l'installation dans certains lotissements urbains ou péri-urbains.

Jacques Fontaine, Maître de conférences honoraire en géographie, Université de Franche-Comté.
Serge Ormeaux, Professeur de géographie, Université de Franche-Comté, directeur du laboratoire THEMA, CNRS.



AATEM, 20 ans d'accueil des étrangers Contenu audio

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« Je pensais à bon droit et à juste titre que le droit à la vie passait avant le droit à la propriété et que le droit de propriété devait se mettre au service du droit à la vie »,

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L'arrivée en France : beaucoup de difficultés, mais encore plus de solidarité

Je suis né au Sri Lanka et je me suis échappé de mon pays à la fin de l’offensive militaire en mai 2009, après avoir survécu à plusieurs blessures provoquées par des éclats d’obus

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Les casemates (1945-1956)

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L'AATEM et la politique du logement 1975 Contenu audio

L'abbé Chays expose les souhaits en matière de  politique du logement des immigrés à Besançon

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Logement de travailleurs immigrés sur le chantier en 1964

Ces photos ont été prises au cours des années 1964-1965 sur un chantier de construction rue de Chalezeule à Besançon.

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Les Clairs Soleils d'hier et d'aujourd'hui

"À l’origine, les bâtiments abritaient nombre de cadres, d’enseignants et d’employés de chez Lip et de la Rhodia. Les difficultés économiques rencontrées par ces deux entreprises ont bouleversé la structure sociale du quartier et entraîné beaucoup de départs compensés par l’arrivée massive d’immigrés".

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Les immigrés et la crise du logement 1950

"Les 65 travailleurs nord-africains, sont logés gratuitement par l’entreprise dans les conditions suivantes : 49 Nord-africains dans 11 petites baraques en bois désaffectées, 16 Nord-africains dans 2 fourgons de la S.N.C.F. stationnés sur une voie de la gare de triage"

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Retraite des immigrés résidents Contenu audio

Des retraités expliquent comment se déroule leur vie dans un foyer loin de leur famille. Des conditions de vie à la difficulté de vivre seul, ils racontent leur quotidien.

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D'une rive à l'autre Contenu vidéo

"D'une rive à l'autre" relate des parcours singuliers d'homme résidant dans les foyers Sonacotra de la ville

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1952 : création de l'AATEM. Jean Carbonare

Chaque jour, il croise des travailleurs d’origine algérienne. Il apprend qu'ils logent comme des rats, dans les casemates des anciennes fortifications de la ville

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Le Forum

Centre Provisoire d'Hébergement (CPH), Le Forum a accueilli de nombreux réfugiés.

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Une cité de transit: les Acacias

Comme « l'Escale », la cité « Les Acacias » est une cité de transit construite dans les années 1970 pour reloger les populations immigrées et en difficultés installées dans des baraquements improvisés dans la ville.

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1952, création de l'AATEM, Henri Huot

Demander à la municipalité de se préoccuper de leur sort n’était pas populaire : les conditions de vie lamentables de ces immigrés ne dérangeaient pas grand monde...

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Cité Amitié 1977-1983 : Madjid MADOUCHE

Plusieurs nationalités composaient cette population, par ordre de grandeur : portugaise, marocaine, algérienne, turque, yougoslave, tunisienne, espagnole, italienne.

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Les Founottes, cité de l'Escale

Certaines familles algériennes s’étaient regroupées sur un terrain vague et isolé, à l’extérieur de la ville au lieu-dit “les Founottes”.

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