L'arrivée en France : beaucoup de difficultés, mais encore plus de solidarité

Je suis né au Sri Lanka et je me suis échappé de mon pays à la fin de l’offensive militaire en mai 2009, après avoir survécu à plusieurs blessures provoquées par des éclats d’obus

Pendant cette offensive (en savoir plus sur la guerre civile du Sri Lanka) j’ai perdu ma fille, mon fils cadet a été gravement blessé et j’ai été séparé du reste de ma famille. Du Sri Lanka je suis parti à Singapour où j’ai obtenu un visa pour la France. J’ai été admis immédiatement à l’hôpital Saint Louis à Paris où j’ai subi quatre opérations chirurgicales incluant une ablation de rein. Depuis mon arrivée en France en juin 2009 j’ai demandé l’asile politique que j’ai obtenu en février 2010. N’ayant pas de domicile, j’ai été hébergé par la Cité Notre Dame (Secours Catholique) à Paris depuis mon arrivée en France. A partir de l’obtention du statut de réfugié, j’ai entrepris de faire venir le reste de ma famille que je n’avais pas vu depuis mon départ du Sri Lanka. Ma femme avait réussi à s’enfuir au Singapour puis en Malaisie, pendant que mes trois enfants vivants étaient internés dans des centres de regroupement tenus par l’armée Sri Lankaise pendant trois mois, avant qu’on arrive à les faire sortir pour rejoindre ma femme en Malaisie où ils sont restés dans des conditions d’extrême précarité. Avec l’aide de Kate (ex MSF), nous avons entrepris des démarches pendant plus de six mois pour l’obtention du visa pour ma famille, une fois les visas obtenus, le personnel de la Cité Notre Dame a insisté pour que ma famille attende en Malaisie le temps de trouver un logement. Comme le temps de validité du visa arrivait à expiration et qu'il n’y avait pas de solution de logement, j’ai fait venir ma famille le 7 octobre 2010.

Mes enfants

L'arrivée à Paris

Je souhaite expliquer ici l’histoire de ma famille à son arrivée en France.
A l’arrivée à l’aéroport, j’ai revu mes enfants pour la première fois depuis 18 mois. Nous sommes allés au centre social rue du Chemin Vert, où l’assistante sociale de l’OFII (Office Français pour l’immigration et l’intégration), qui m’oriente pour les démarches à suivre, nous avait orientés pour trouver une solution de logement . Malheureusement rien n’avait été prévu et je suis allé avec toute la famille à la Cité Notre Dame, qui a accepté de payer un hôtel pour la première nuit. Ensuite nous avons appelé le SAMU Social qui a dit pouvoir nous prendre en charge à partir du 11/10. Le 8/10 nous sommes allés à la CAFDA (Coordination de l’accueil des familles demandeuses d’asile) qui nous a dit qu’ils ne pouvaient pas nous aider, car ils n’aidaient que les personnes qui étaient en train de demander l’asile, et comme j’avais le statut de réfugié je n’étais pas dans leur population cible. On était entre deux, ce qui ne facilitait pas les démarches, car j’avais un statut et ma famille avait un visa et cherchait simplement à me rejoindre. Après une deuxième journée à l’hôtel, nous devions trouver une autre solution, et des amis de MSF nous ont prêté une péniche pour le week-end en attendant d’avoir une réponse du SAMU social.

A partir du 11/10 notre principale préoccupation était de trouver un logement pour la nuit. Nous avons reçu la première réponse du SAMU à 23h30, il fallait qu’on se présente à l’hôtel à Saint Denis avant 00h30, Gabriel (ex MSF), nous a accompagnés en voiture. Après 15 minutes de discussion avec le gardien, qui disait ne pas être au courant de notre arrivée, nous avons eu une chambre pour la nuit. Le lendemain, c’était reparti, déménager avec toute la famille et tous les bagages sans idée claire d’où nous allions passer la nuit. Des heures au téléphone pour essayer de trouver un logement, et enfin des solutions d’urgence qui nous ont permis pendant dix jours de connaitre la grande banlieue parisienne (Sarcelles, Cergy Saint Christophe, etc.), en changeant d’hôtel tous les 2-3 jours, à la merci de quelques managers d’hôtel peu scrupuleux qui décidaient de nous affecter une chambre au lieu de deux accordées par le SAMU Social. Finalement le SAMU Social nous a orientés vers Polhotel à Fontenay-Trésigny où nous avons été logés depuis le 21/10.

Pendant tout ce temps, nous devions aussi faire toutes les démarches administratives nécessaires au séjour de la famille en France. N’ayant pas de domicile fixe, nous ne pouvions scolariser nos enfants, et ils nous accompagnaient dans l’ensemble des déplacements, avec tous les bagages. Aussi cette situation compliquait les démarches, car souvent il fallait une adresse, certificats de scolarité, etc. Ce n’est qu’après notre arrivée à Fontenay Trésigny, et grâce au fait que le SAMU Social renouvelle notre logement à Polhotel, que nous avons pu commencer à régulariser notre situation. La Mairie de Fontenay-Trésigny, nous a accueillis et nous a orientés, des personnes d’église et des individus à titre privé, ainsi que les directeurs des écoles où nos enfants ont été inscrits nous ont beaucoup aidés.

L'installation à Besançon

Des organisations comme France Terre d’Asile nous aident en ce moment à chercher un logement à Besancon. J'emménage le 4 Mai 2011 dans un logement HLM situé avenue Ile De France à Besançon, Je signe le contrat de bail le 26/04, Maintenant mon référent Madame M., le Capitaine de France Terre d'Asile a la main sur mon dossier avec mesdames G. et C du Centre médico social de planoise. Mme G. arrange ce qui est essentiel pour notre nouvelle vie. Nous n'oublierons jamais qu'elle est venue avec nous pour amener mon fils Athavan au Dr.F, médecin de l'unité de Victimologie et de Thérapie Familiale. Mme Perrette et Mlle Clara, deux amies de l'Eglise de St. François d'Assise sont venues aussi pour nous aider.
En ce moment ma femme cherche du travail . Elle avait de l'expérience dans le domaine de la puériculture à la maison et à la maison des aînés. Les enfants parlent un peu français et sont scolarisés au collège Diderot et Bourgogne. le temps de commencer une nouvelle vie en tant que famille. Monsieur Julien H., référent du programme de réussite éducative (Direction de l'éducation-ville de Besançon) aide beaucoup Athavan mon fils, le plus jeune, scolarisé à Bourgogne, et aussi que mon fils aîné Jenushanth qui s'est qualifié en finale au "trophée de Franche-Comté jeunes" en Badminton, dans la catégorie cadets en novembre 2011, peut-être sera-t-il le prochain vainqueur en 2012 ?

Malgré toutes les difficultés auxquelles nous sommes confrontés, être en sécurité en France est important pour nous. Je tiens à remercier au nom de ma famille toutes les personnes, institutions et autorités qui nous ont aidés et continuent à nous aider à démarrer notre vie en France."

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