L’abbé Chays : un trait lumineux dans l’histoire sociale de Besançon - Refus de l´indifférence

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Refus de l'indifférence au sort des Nords-Africains
L' Archevêque de Besançon parle à André Chays de la situation déplorable dans laquelle se trouvent les travailleurs algériens. Le jeune Abbé s’en émeut et se mobilise. Dès 1952, il se réunit avec d’autres personnes préoccupées par ces questions. Elles viennent de milieux divers : professionnels, politiques, syndicaux et religieux, avec un trio de choc : Jean Carbonare (le protestant engagé), Henri Huot, (le membre du Grand Orient de France) et l’abbé Chays (le catholique) ; puis bien d’autres comme Maurice Landau, ancien chef de bureau à la préfecture.

D’après leurs témoignages, une réelle amitié s’établit aussitôt entre eux : ils se réunissent régulièrement, pour voir comment sensibiliser le grand public et venir en aide à ces hommes. C’est grâce à leurs initiatives que des issues sont trouvées à certaines situations dramatiques et que s’amorce une politique d’accueil, puis d’hébergement, dans des logements plus décents que ceux de l’arrivée.

aatemEnsemble, ils créent une association de fait, qui prend plus tard le nom d’“AATEM” (“Accueil aux Travailleurs Etrangers et Migrants de Besançon”) et dont le siège est au grand séminaire, 20 rue Mégevand. L’abbé Chays reste vice-président de cette association jusqu’à sa mort. Il en est l’une des chevilles ouvrières pendant trente-cinq ans. « Il était le recours dit Henri Huot, on venait le trouver pour un logement, un emploi, pour raccommoder un mariage. Il écoutait tout le monde. Il était toujours là pour tout arranger... ; chacun pourrait dire qu’il a été très vite conquis par la cordialité de son accueil, par sa philosophie bienveillante et pourquoi, à son contact, il s’est trouvé engagé, emporté dans son sillage et dans l’action qu’il a conduite ».

Un exemple nous en est fourni dans le Journal Le Comtois qui titre le 11 mai 1953 : “L’Aumônier des Nord-Africains poursuivi pour atteinte à la propriété”. Devant la crise sévère du logement et les 2 500 demandes en attente, l’abbé décide de prendre les grands moyens. Il installe dans un immeuble - vacant depuis neuf ans - une famille avec trois enfants, chassée d’hôtel en hôtel, dont le père Monsieur Fares est employé comme manoeuvre dans un garage et la mère se trouve enceinte. « Je pensais à bon droit et à juste titre que le droit à la vie passait avant le droit à la propriété et que le droit de propriété devait se mettre au service du droit à la vie », dit l’abbé Chays, qui attendait avec une apparente sérénité le développement des poursuites engagées contre lui.

Le 22 décembre 1953 à la salle Grammont, c’est un véritable appel qui précède de quelques semaines celui de l’abbé Pierre qu’il connaissait et dont il reçoit les encouragements. Il donne une conférence de presse sur le thème : “La grande misère des Nord-Africains chez nous”.

 

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« Il y a 350 000 Nord-Africains en France. A Besançon, ils sont 350, en majorité Algériens. Ils viennent chez nous parce qu’ils sont libres ; citoyens français depuis 1947 (...) ils viennent parce que chez eux ils meurent de faim…(….). Bien sûr des personnes dévouées de toutes confessions soulagent cette misère, des repas leur sont servis. Ce n’est pas tellement de soulager leur infortune qu’il s’agit, mais de faire en sorte que parmi nous ils se sentent chez eux, qu’en France nous les considérions comme nos frères. En 1830 nous avons conquis leur pays, nous avons pris en charge leur destinée, nous les avons adoptés ; aujourd’hui ils sont plus que majeurs ; en 1914-1918 beaucoup sont morts pour défendre la France ; de 1940 à 1945 ils ont lutté à nos côtés, aujourd’hui, il y en a 70 000 qui combattent en Indochine… »

Cet article, dont nous évoquons des extraits, a été publié par Cité Fraternelle qui à l’époque était l’hebdomadaire catholique du diocèse de Besançon. Un autre compte-rendu a été inséré dans la République, quotidien appartenant à la famille De Moustier, qui est lu par les gens de droite. Le quotidien de gauche Le Comtois ne rendait pas compte des conférences Grammont organisées par les catholiques, même si des personnalités socialistes, comme Raymond Vauthier, premier adjoint, professeur de lettres au lycée Victor Hugo, participait souvent à ces rencontres et aux débats qui suivaient.

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