L’abbé Chays : un trait lumineux dans l’histoire sociale de Besançon - Engagement contre la guerre et la torture en Algérie

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Engagement contre la guerre et la torture en Algérie

Il semble que toutes ces actions menées par l’abbé, lui sont dictées plus par amitié, générosité naturelle et par solidarité, sens de la justice humaine que par une conscience politique véritablement élaborée. Pour son neveu déjà cité, « le fondement de son intervention est (donc) conjointement humanitaire et religieux. Mais les circonstances de la guerre d’indépendance, l’amènent à intervenir aussi sur le terrain politique, tout en se déprenant de quelque allégeance que ce soit : dénonciation de la torture dans les sermons dominicaux qu’il prononce dans les paroisses du diocèse où il est invité ; harangue en gare Viotte des appelés en partance pour l’Algérie, et ce, en présence d’officiers stupéfaits ; aide apportée à des militants du FLN pour passer incognito la frontière et rejoindre en Suisse des dirigeants de l’organisation ; invitation à une, voire plusieurs réunions du Gouvernement Provisoire de la République Algérienne (GPRA) à Genève, concours, semble-t-il aussi, à l’organisation de la rencontre “des Rousses”, préliminaire aux négociations d’Evian. Ce rôle politique ne va pas naturellement sans contestation ni débat quant au principe, ou aux modalités, selon les cas : surveillance étroite par les Renseignements Généraux ; frictions avec certains officiers de police ; incompréhension parfois de son entourage ; différences de points de vue avec les organisations… ».

La Tour Carrée, l'un des premiers aménagements réalisés entre 1950 et 1952 par J. Carbonare et l'abbé chaysJean Ponçot, étudiant en histoire à Besançon et, dans ces années de lutte contre la guerre d’Algérie, Président de l’Association Générale des Etudiants de Besançon (AGEB) affiliée à l’UNEF (Union Nationale des Etudiants de France), se souvient du jour où l’abbé fut arrêté après s’être couché sur les voies entre Valdahon et Besançon pour empêcher un convoi de partir pour l’Algérie. L’abbé n’avait pas “d’engagement politique”, mais il savait bien que ses actions avaient des répercussions. Il a soutenu de toutes ses forces des gens qui s’étaient impliqués, et ce parce qu’ils étaient menacés, au nom de la justice, de l’égalité et de l’amour les uns pour les autres. Jean Ponçot se souvient des actions de coordination menées avec l’abbé quand il était question de jeunes ouvriers et de jeunes étudiants placés en prison pour leurs idées politiques : exemple le 26 avril 1959, où l’abbé venu le chercher à moto, le conduisit à toute vitesse à la Citadelle pour rendre visite à ceux qui venaient d’y être internés et trouver une issue favorable.

Après l’indépendance, il est tenté d’aller se mettre à la disposition de Mgr Duval à Alger, mais il en est dissuadé par un ancien du séminaire de Consolation, le Père Lombardet, qui connaît bien l’Afrique et les questions de développement. En 1972, il décline l’invitation personnelle du Président Boumediene aux fêtes de l’Indépendance et par là même l’offre de remise de la médaille de l’indépendance algérienne. Sans doute par refus des honneurs mais aussi, peut-être déjà, par un début de perplexité face à l’évolution du régime algérien.

Les années passent, pendant lesquelles l’abbé poursuit son action auprès des familles maghrébines et d’autres avec toujours autant de passion et d’attention à tous. Khemissi Hakkar, qui a connu l’abbé dès l’âge de 12 ans, se souvient très bien : « Il est venu à mon mariage en 73, c’était un peu un parent... il a dansé au milieu des femmes… il était adoré. Il était Quelqu’un, quand on le voyait on était heureux. A qui n’a-t-il pas rendu service ? ». Mais il commence à donner des signes de fatigue. Il apprend en novembre 1983 qu’il est atteint d’un cancer des os qui l’oblige à réduire son activité et le fera beaucoup souffrir jusqu’au bout.

L’abbé revient sur ces années dans un texte, écrit en juin 1985 et intitulé “Les Algériens immigrés de Besançon à la recherche de leurs traditions”. « (…) Ce fut aussi un véritable jumelage (eh oui il y pensait déjà), dans le concret du quotidien, entre Besançon et Khenchela des Aurès… aujourd’hui, ils sont plus de 2 000 partis de Khenchela et des environs, qui ne savent plus s’ils sont de Besançon ou des Aurès…. qui ne savent rien de leur beau pays, du passé, de l’histoire de leurs familles…, alors que les anciens sont encore là, parmi eux, qui ne demandent qu’à causer, pour peu qu’on les y invite. Radio Sud, radio privée des émigrés sur Besançon, d’autres bonnes volontés aussi sont dans le coup, et déjà collaborent….( ..) un jour nous voudrions que tout cela soit consigné sur papier. Cela ferait un si beau livre ». C’est vrai, et ce livre - vingt ans plus tard - nombreuses sont les familles maghrébines et d’ailleurs qui pourraient encore y participer.

 

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