Une cité de transit: les Acacias

Sommaire

Comme « l'Escale », la cité « Les Acacias » est une cité de transit construite dans les années 1970 pour reloger les populations immigrées et en difficultés installées dans des baraquements improvisés dans la ville.

Ces cités sont donc des habitations intermédiaires, temporaires assurant le passage du bidonville à un logement social décent. L'article de Valérie Barre « La cité de transit:un lieu non-urbain »(1) permet d'avoir des informations sur l'organisation et la vie dans la cité des Acacias à Besançon; en plongeant dans le quotidien des habitants et des acteurs de cette cité, l'auteur nous offre une bribe de vie bisontine, à la découverte d'un lieu.

 

I. La cité : histoire et description

La cité de transit « les Acacias » est construite en 1973, rue Paul Pesty, et a pour vocation d'accueillir et de loger les populations auparavant installées dans les bidonvilles de Besançon. L'accès un logement permanent est prévu dans les trois années qui suivent l'arrivée des personnes dans la cité. Si cette rotation est d'abord aisée en raison des nombreuses constructions de logement sociaux dans la ville dans les années 1970 et 1980, la municipalité ne peut bientôt plus faire face à la demande; la cité des Acacias, alors provisoire, devient durable. D'ailleurs, en ce début des années 1990, elle n'est toujours pas détruite comme cela était pourtant prévu. La cité temporaire devient donc un lieu de vie ordinaire.
Ainsi, en 1994, les jeunes de la cité réalisent la réhabilitation des halls d'entrée des immeubles afin d'améliorer un cadre de vie qui s'inscrit désormais dans la durée. De la même façon, l'un des bâtiments est recouvert d'une fresque représentant des enfants de différentes origines, comme autant de symboles de la mixité et de la diversité culturelle qui règnent dans la cité, reflets des histoires des migrants installés à Besançon.
Malgré ces efforts pour valoriser cet espace, « les Acacias » semblent repliés sur eux-mêmes: « en face s'érige un immeuble dont aucune entrée ne donne sur la cité, lui tournant ainsi le dos »(2). L'absence de commerces de proximité, de café au sein de la cité la distingue des autres grands ensembles H.L.M. et des cités pavillonnaires voisins et témoigne également d'une césure entre plusieurs territoires urbains et leurs habitants.

 

(1) Travail de Valérie Barre dans l'ouvrage collectif Quand Besançon se donne à lire. Essais d'anthropologie urbaine, Anne Raulin (dir.), L'Harmattan, Collection Dossiers Sciences Humaines et Sociales, Paris, 1999, p.

(2) Valérie Barre, « La cité de transit; un lieu non-urbain », Quand Besançon se donne à lire. Essais d'anthropologie urbaine, Anne Raulin (dir.), p. 134.

 


II. Des habitants, les acteurs de la cité

« Les Acacias » abritent, à cette époque, 431 personnes réparties dans 120 logements. De multiples nationalités s'y côtoient; Français, Portugais, Algériens, Turcs, Marocains... forment un ensemble hétérogène et se mêlent dans les défis à relever au sein de la cité. Ici, la plupart des jeunes adultes en âge de travailler se heurtent à des problèmes d'insertion professionnelle explique Valérie Barre(3). D'ailleurs la majorité d'entre eux reçoivent le Revenu Minimum d'Insertion(4) (R.M.I.) ou bénéficient de Contrats Emploi-Solidarité(5) (C.E.S.) face aux manques d'emplois ou d'expérience professionnelle. La précarité de l'emploi se fait aussi sentir pour les plus âgés et plus de la moité des locataires de la cité sont des allocataires sociaux. Face au chômage et au faible niveau de vie une antenne du Centre Communal d'Action Sociale de Besançon (C.C.A.S.) prend place dans la cité sous le nom de Centre en Économie Sociale et Familiale (C.E.S.F.) et a pour fonction de rompre l'isolement et l'immobilité des familles installées dans la cité.
Ainsi doté d'un organisme d'intervention sociale, les habitants se trouvent en face d'un interlocuteur qui peut intervenir dans la régie des bâtiments, l'accueil des nouveaux arrivants, la prise en compte de problèmes administratifs, etc. Les principales difficultés rencontrées, les colères aussi sont exprimées au cours de discussions, d'ateliers qui rendent visible le quotidien des habitants aux yeux de la municipalité. Malgré tout, en ce milieu des années 1990, la cité ne forme toujours pas une synergie avec l'ensemble de la ville.

Construite pour faciliter le relogement des familles auparavant installées dans les bidonvilles de Besançon, les cité de transit telle que « Les Acacias », font bientôt face à la pénurie de logement au sein de la ville: « ces nouvelles structures devaient permettre [aux familles] d'accéder aux logements « normatifs » et, de fait, à une meilleure qualité de vie mais, surtout, en intégrant la ville, elles devaient leur permettre d'accéder à l'anonymat que peut procurer l'espace urbain »(6).
Enclavée et isolée, la cité des Acacias n'assure plus la mobilité de ses habitants et devient une structure permanente. Elle n'est pas en marge du paysage urbain(7) de Besançon mais en reste un territoire parallèle où s'expriment des mesures d'exception. L'implantation même du C.C.A.S. dans la cité peut en être une illustration; les habitants évoluent de ce fait quasiment exclusivement dans l'espace de la cité selon l'analyse de Valérie Barre. Les aides sociales viennent alors combler un déficit là où elles auraient dû être un moyen de transformer la situation des habitants de la cité: « malgré la volonté des politiques de logement social, les efforts des travailleurs sociaux, l'évolution des politiques sociales, cet espace est replié sur lui-même, écarté de la vie urbaine et la majorité des locataires est marginalisée »(8). Aussi, le passage de la cité « Les Acacias » du statut de « cité de transit » au parc H.L.M. permettra-t-elle sans doute de renouveler l'étude du quartier sous un autre jour.

Contribution de Clarisse Cathy, Diplômée du Master 2 en Histoire contemporaine et licenciée de Philosophie, Université de Besançon.

(3) Valérie Barre, « La cité de transit; un lieu non-urbain », op. cit., p. 135.

(4) Le R.M.I. correspond aujourd'hui au R.S.A.; Revenu de Solidarité Active.

(5) Le C.E.S. est supprimé en 2005, date à laquelle est alors créé le C.A.E.; Contrat d'Accompagnement dans l'Emploi.

(6) Valérie Barre, « La cité de transit; un lieu non-urbain », op. cit., p. 142.

(7) Valérie Barre, « La cité de transit; un lieu non-urbain », op. cit., p. 143.

(8) Valérie Barre, « La cité de transit; un lieu non-urbain », op. cit., p. 144.

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