Cité Amitié 1977-1983 : Madjid MADOUCHE - Théâtre, ciné club et interférences politiques

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Théâtre, ciné club et interférences politiques
L’Association  Régionale Théâtre et Emigration s’est créée pour répondre à la demande d’activité théâtrale de quelques jeunes du quartier. Tout a commencé par des répétitions informelles avec des jeunes de l’Amitié, autour d’ateliers de mime et de mise en situation.
Comme pour l’activité sportive des jeunes gens sont venus de l’extérieur, de toutes les couches sociales, et les ateliers se sont transformés au bout de trois années en répétitions autour d’une pièce que j’avais écrite « Le dérangé » et la troupe du Théâtre des Epines a vu le jour.

La troupe du théatre des Epines
Troupe du Théatre des Epines

 

Je suis encore aujourd’hui en contact avec pas mal de jeunes gens de la cité Amitié qui, pour la plupart s’en sont bien sortis et ont « réussi » chacun à son rythme et à sa manière. J’ai continué à entretenir, jusqu’à ce jour, des relations amicales avec plusieurs de ces personnes.
A la demande des adultes, nous avons créé une sorte de cinéclub avec une programmation de films plutôt engagés, sélectionnés par un comité de résidents. Les projections avaient lieu chaque mois et se faisaient comme au cinéma mais en format 16 millimètres, elles étaient suivies d’une discussion débat sur le thème abordé par le film ; débat auxquels nous invitions des étudiants, des militants et des enseignants. De mémoire nous avons projeté un film franco-tunisien sur la condition des femmes qui a  provoqué un débat très intéressant entre quelques femmes militantes et beaucoup d’hommes de la cité et d’ailleurs.
Le film d’Yves Boisset « l’Attentat » avait aussi marqué un temps fort de ce cycle de projections. Nous avions fait des recherches sur le procès de l’enlèvement de Mr Mehdi BEN-BARKA et avions réalisé une exposition d’articles du journal «le Monde ».  Malgré la présence de deux membres du conseil d’administration de l’AATEM, cette séance a failli me coûter mon emploi ; En effet bien avant la projection, le consulat du Maroc, scandalisé par cette  initiative qui impliquait la monarchie marocaine entre autres et qui avait lieu dans un foyer où résident plusieurs ressortissants marocains,  est intervenu.
Je me suis retrouvé face au président de l’association AATEM qui m’a reçu à son domicile pour me reprocher de programmer des films à thème et me demander d’annuler la projection débat du film. J’ai tenté de lui expliquer la façon dont la programmation avait été réalisée, c’est à dire avec les habitants eux mêmes,  que les séances  étaient très bien préparées mais le président, un homme très  honnête mais un peu  fermé, m’a rétorqué : « mais pourquoi vous ne leur passez pas des westerns ! ». Je lui ai décrit à nouveau la procédure, lui ai expliqué que ce n’était pas moi qui réalisais la programmation, qu’en début d’année je  présentais, expliquais aux habitants le contenu d’un catalogue sur lequel ils décidaient en connaissance  de cause des films qu’ils souhaitaient voir, que les westerns ne faisaient pas partie de leur choix et que  je me devais de respecter leurs souhaits.
L’entretien a été difficile, il m’a sérieusement déconseillé de passer ce film mais, en présence et avec la complicité de deux membres du conseil d’Administration, nous l’avons quand même diffusé et cette séance est restée dans la mémoire de beaucoup de participants. J’ai appris bien plus tard par la voix d’un membre du conseil d’administration que des individus bien intentionnés m’avaient accusé d’être un agent des services secrets algériens.

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