Les enfants migrants dans le monde

On estime qu’aujourd’hui, environ un tiers des migrants sont des enfants ou des jeunes de moins de vingt ans. Ils représentent une proportion de plus en plus forte du flux total annuel de migrants en provenance des pays en développement.

Le fait de s’expatrier fragilise le migrant (personne se déplaçant d’un pays à l’autre pour tenter de s’y établir), qui doit s’adapter à une nouvelle langue, le plus souvent inconnue de lui, à des coutumes différentes, des règles et des codes sociaux étrangers à ses habitudes… Cette fragilité est bien sûr encore plus forte si le migrant est un enfant, et qu’il voyage seul. Or, de plus en plus d’enfants migrent dans le monde contemporain. Nous faisons ici le point à partir d’une conférence européenne qui s’est tenue en Pologne, à Varsovie, en mars 2007.

Les enfants migrent pour des raisons diverses. Environ la moitié des enfants étrangers qui entrent en Europe voyagent avec leurs parents qui s’expatrient la plupart du temps pour des raisons économiques. Parfois aussi les enfants tentent de fuir seuls des zones de désastres (guerres, catastrophes naturelles), ou partent à l’étranger en espérant y trouver une vie meilleure alors qu’ils ont été séparés de leurs parents – une séparation accidentelle peut se produire à la suite de guerres ou de catastrophes. Ou encore ce sont leurs parents eux-mêmes qui les envoient à l’étranger afin qu’ils étudient ou qu’ils travaillent, sans oublier bien entendu les enfants victimes des trafics d’êtres humains. On trouve ainsi des enfants munis de passeports en règle, alors que d’autres voyagent sans papiers ou avec de faux documents. Certains cas sont très particuliers, comme ces jeunes Chinoises qui s’expatrient afin de remettre leurs propres parents en règle avec la loi de «l’enfant unique» (en Chine, les membres de l’ethnie han majoritaire ne sont pas autorisés à avoir plus d’un enfant, et certains parents contrevenants parviennent à cacher un enfant – la fille s’ils en ont une – jusqu’à ce qu’elle puisse émigrer grâce à des filières).
Selon la Convention relative aux droits de l’enfant , lorsqu’un enfant se trouve sans ses parents sur le territoire d’un État qui n’est pas le sien, cet État est alors responsable de l’enfant, et doit le protéger. Mais dans la pratique, on constate une situation souvent très précaire voire dangereuse pour l’enfant, son développement physique, intellectuel et moral, y compris dans l’Union européenne. Cela se traduit par du désespoir, des comportements pathologiques ou suicidaires, de la violence souvent aussi.
Ainsi, les enfants migrants font très souvent l’expérience douloureuse de l’impossibilité d’obtenir la protection à laquelle ils ont pourtant droit. De plus, la plupart de ces enfants migrent pour travailler et gagner leur vie dans le pays d’accueil. Or, les États dans lesquels ils arrivent ne sont pas du tout prêts à laisser travailler des enfants – ce serait en contradiction avec leurs propres lois, en France en tout cas. Ces jeunes migrants ont souvent du mal à comprendre et à accepter cette réalité si différente dans la plupart des cas de celle de leur contrée d’origine. Il ne leur reste alors qu’une seule « solution » : échapper à l’État et à ses contrôles divers. Ils se mettent alors à travailler sans protection sociale, en dehors de toute déclaration légale. C’est ainsi que des filières de recrutement se forment et prospèrent, alimentant des marchés du travail illégaux.
Le cas des enfants migrants pose des problèmes très spécifiques, que les États, jusqu’à ce jour, tardent à prendre en compte, en partie faute de données statistiques précises – ce qui s’explique par la situation souvent marginale ou illégale de ces migrants, qu’on ne peut donc ni dénombrer, ni interroger, ni vraiment étudier –, en partie parce que les États se déchargent de cette difficulté sur les acteurs de la société civile. Mais ceux-ci, à leur tour, sont impuissants à changer les règles économiques, sans parler des lois…

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